Chapt VII par David
L’homme le dévisagea curieusement et l’adolescent commençait à regretter son acte, et si ce n’était pas lui ? Il allait s’excuser lorsque l’homme se décida à parler.
- “Je crains que tu te sois trompé de personne mon jeune ami… Je n’ai pas de fils, seulement un frère et une sœur.” L’adolescent présenta ses excuses, honteux d’avoir fait une telle erreur, il allait partir mais l’homme n’avait pas fini de discuter.
- “Par hasard, ta mère ne serait pas Alphine Asedite ?
- “Oui ! Pourquoi, vous la connaissez ?” répondit le garçon, étonné que l’inconnu connaisse le nom de sa mère.
- " Si je la connais, mais bien sûr que je la connais, c’est ma sœur ! D’abord laisse-moi me présenter, Bérétot Asedite, orfèvre de profession. Et toi, si tu es vraiment son fils, ce dont je ne doute pas vu ta ressemblance avec elle, pourquoi t’a-t-elle envoyé ici, à moins qu’elle n’ai déménagé avec toi ici ?
- “Non, je suis navré mais…elle est…décédée lors de l’attaque d’un monstre. Ainsi que son neveu. C’est la raison de ma venue.” Chaque mot sortait de sa bouche difficilement, comme s’il faisait des aveux sous la torture, et il se trouvait au bord des larmes à la fin de sa phrase. Il n’avait pas encore eu le temps de pleurer la mort de sa mère et de son cousin depuis son départ, il avait toujours essayé de penser à autre chose ou d’imaginer sa rencontre avec son père.
- “Mes condoléances. C’était peut-être ma sœur mais surtout ta mère. Donc…tu es venu ici pour chercher ton père ?” une larme coulait sur la joue de l’homme mais il ne laissait pas paraître sa tristesse dans sa voix.
- “Oui, je n’ai jamais vu mon père et même ma mère ne l’avait vue qu’une seule fois. Mais je croyais que c’était ma seule famille…” dit le jeune homme avec émotion, commençant à comprendre qu’il y avait d’autres personnes de sa famille en vie.
- “Donc ma sœur qui s’occupait du fils de mon frère décédé et de toi est morte, et je déduis de ton histoire que mon neveu a péri également. Nous sommes donc les derniers membres de notre famille en vie. Toi et moi. Ton père ne compte pas, il n’est pas de notre sang et a abandonné ta mère.” L’adolescent acquiesça silencieusement en hochant la tête et l’homme continua de parler.
- “Si tu le veux, tu peux dormir chez moi, à moins que tu ne veuilles chercher ton père dès maintenant ?” Le garçon expliqua que c’était exactement ce qu’il avait initialement prévu de faire mais que s’il ne le trouvait pas il accepterait de dormir chez Bérétot. Après avoir passé plusieurs minutes à parcourir le bar à la recherche d’un soldat qu’il n’avait jamais vu et qu’il connaissait seulement parce qu’il était de son sang, sans succès, l’enfant accompagna son oncle jusqu’à un petit bâtiment dans le centre-ville.
- “J’ai acheté cette maison il y a une dizaine d’années, il y a deux chambres dont une dans laquelle tu pourras dormir autant de temps que tu le veux. Comme je n’ai pas beaucoup de compagnie, la deuxième chambre est toujours restée vide.” dit l’homme en prenant sa clé et en ouvrant la porte. Le premier étage était une sorte de boutique remplie de bijoux, de bagues, de diadèmes, de colliers et de bracelets en or et en argent, ornés de pierres précieuses. Derrière le comptoir, une porte menait à un escalier amenant directement au deuxième étage. Après être monté, l’orfèvre présenta sa modeste demeure au jeune homme, ravi de pouvoir enfin dormir tranquillement. La chambre de l’artisan était devant l’escalier et celle de l’enfant était située parallèlement à celle de l’homme. Derrière l’escalier se trouvait une cuisine assez banale et une table qui ne semblait pas très solide. La maison était infestée d’araignées et de bestioles en tout genre, et, l’adolescent le sentait, elles grouillaient telles des puces sur un animal abandonné. Bérétot laissa l’enfant rentrer dans sa nouvelle chambre et alla se coucher. L’adolescent se coucha, il ne regarda même pas la chambre, il observa sa blessure mais ne discerna pas grand chose dans la ténébreuse obscurité de la chambre. Il s’allongea sur son lit et se mit à réfléchir. Le lendemain, il allait chercher son père une nouvelle fois, et, s’il ne le trouvait pas, il irait chercher du travail. Peu à peu, ses pensées divergèrent vers son hôte. Il savait que sa mère avait deux frères mais ne les avait jamais vus. L’un était mort avant sa naissance, c’est de lui que venait son cousin et l’autre était assez solitaire, pourtant, il venait de proposer à l’enfant de dormir chez lui, ce qui prouvait qu’il était quand même bon et généreux. L’enfant s’endormit et fit disparaître ses pensées dans un torrent de fatigue. Son esprit s’échappa rapidement et avança vers l’inconnu. L’enfant n’arrivait plus à penser consciemment. C’était comme dans un rêve : il ne se dirigeait pas vraiment, il ne voyait rien, ou plutôt il ne voyait que du noir. Il se baladait là où il pouvait, s’approchait des consciences, effleurait les idées des gens, se faisait repousser par des esprits plus puissants qui lui bloquait le passage. Puis, un tourbillon l’absorba quelque part et il fut noyé dans un mélange de pensées ne lui appartenant pas. Son esprit entra dans une forme inconnue et d’un coup, il sentit ses membres, chose qui ne lui arrivait pas normalement lors de ces événements étranges, c’était comme s’il s’était approprié un nouveau corps. Surpris par ce qui s’était produit et il se leva rapidement en entendant son dos émettre des craquements. Il n’était pas chez son oncle, ni à un endroit qu’il connaissait, il habitait vraiment le corps d’un autre. De longs cheveux lui tombèrent dans le dos et sur les épaules mais il essaya de ne pas y faire attention. Une grande fenêtre donnait une vue panoramique sur la grande avenue de la Capitale et sur ses nombreux magasins. Il observa la sombre pièce autour de lui, il y était seul et elle semblait bien vide. La dernière fois que quelque chose comme ça s’était passé, il ne pouvait pas bouger et il s’était attiré des problèmes, là, il pouvait se déplacer comme d’habitude. Il espérait quand même que tout irait bien cette fois-ci. Le peu de luminosité l’empêchait de voir l’endroit où il s’était fourré mais il savait que ce n’était pas là où il s’était endormi. L’adolescent dans le corps d’un autre se demandait où il était, il voulait explorer mais très vite, il eut peur de ne plus réussir à faire sortir son esprit d’ici. Il s’assit donc sur le grand lit et ferma son esprit. Son esprit essaya de revenir vers son corps mais se perdit à un endroit étonnant.
- “…guerrier du ciel, une monture céleste l’a déposé au sol et il a transmis ce message en langage ancien, nos savants ont réussi à le traduire, cela donne : Une menace pour notre peuple comme pour le vôtre a été localisée dans votre Royaume et en dessous du nôtre. Il s’agit d’un Roi Daimon qui vole souvent jusqu’à nos îles et détruit vos villes. Il serait sage de négocier une alliance entre nos deux peuples afin de mettre un terme à l’existence de cet ennemi commun. Que voulez-vous faire mon Roi ?” L’adolescent ne voyait rien, il entendait seulement des personnes parler.
- “Ce guerrier du ciel, est-il encore dans notre Royaume où est-il reparti dans ses îles ?” dit le roi présumé.
- “Il est toujours là, nous l’avons fait attendre dans une chambre pour un noble du château, proche de l’entrée.” dit la personne qui discutait avec ce roi.
- “Faites-lui envoyer ce message à son peuple, traduisez-le dans la langue : Moi, Roi du royaume de Draer, j’accepte votre requête et ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour anéantir cette infâme créature. J’espère que vous en ferez autant. Signé : Gaxaldir, Roi du royaume de Draer.”
- “Bien, monseigneur. Voulez-vous que l’on fasse autre chose ?”
- “Non, cela suffira pour le moment…ah en fait si j’ai encore besoin de vous. Avertissez six membres de la Rordra qu’ils doivent partir dès demain pour chercher un Roi Daimon et le tuer ou le capturer” dit le Roi, sans réelle envie de capturer cet individu dangereux.
- “Ce sera fait le plus vite possible. Passez une bonne nuit monseigneur.” Le garçon entendit des pas s’éloigner petit à petit, jusqu’à ne plus rien entendre.
- “Qui es-tu ?” demanda soudainement le Roi dans la chambre vide. L’adolescent croyait que le Roi parlait tout seul ou demandait cela à quelqu’un qui venait d’arriver puis…
- " Je parle à la personne trop curieuse qui s’est fait aspirer dans mon artefact de capture d’esprits. Je le répète, qui es-tu ?” Il parlait d’une voix forte à présent. Le garçon fut saisi d’un frisson glacial : avec cette dernière phrase, il comprit que c’était à lui que s’adressait le Roi ! Il essaya de parler pour tenter d’expliquer la raison de sa présence ici, mais aucune tentative ne se solda par aucun succès : son esprit seul n’avait pas la capacité de parler à quelqu’un ou de réaliser une action physique. Le Roi reprit avec véhémence : “Parle ! Raconte-moi qui es-tu et pourquoi es-tu venu ici ? Si tu es un espion, sache que tu passeras toute ta misérable existence ici.” Ces derniers mots résonnèrent extrêmement fort dans l’esprit du jeune homme, qui se sentait presque trembler d’épouvante, mais celui-ci ne pouvait toujours pas prononcer un mot, malgré tous ses efforts pour tenter d’éclaircir la situation. Le Roi, voyant que son invité mystérieux restait une nouvelle fois muet à son appel, continua quelques instants plus tard de manière plus calme. “Bon, il se fait tard et de toute façon tu es coincé dans cet artefact à jamais. Je pourrai bien te faire parler demain.” Sur ce, le jeune homme entendit le Roi s’éloigner et quitter la pièce. Il était seul à présent, le Roi lui avait dit qu’il était enfermé ici pour le restant de ses jours. Pourtant, le garçon parvint sans peine à refermer son esprit et à retourner dans son corps d’origine. Il ouvrit les yeux et se détendit immédiatement : il était de retour dans la chambre que lui avait accordé son oncle, tranquillement à l’abri dans sa maison, et loin de la pièce dans laquelle le Roi l’avait d’après lui retenu prisonnier. Le jeune homme était désormais rassuré d’avoir pu se libérer de l’interrogatoire violent du Souverain, mais cela lui avait paru un peu trop simple. De toute façon, ici, dans son corps, rien ne pouvait lui arriver. Il se rendormit rapidement en espérant ne plus jamais vivre ça. Une dizaine d’heures plus tard, il ouvrit les yeux. Sa tête lui faisait mal et il ne comprenait pas vraiment pourquoi. Avant de se lever, il pleura pour la première fois la mort de son cousin et de sa mère, c’était la première fois où il n’était pas vraiment en danger et pouvait se permettre de perdre du temps. Il avait toujours considéré son cousin comme un frère et, bien qu’ils aimaient se chamailler, il l’avait toujours apprécié. Quant à sa mère, c’était la personne qui l’avait élevé et aucun mot ne serait assez puissant pour décrire ce qu’elle représentait pour lui, si ce n’est le mot mère. Il sortit de sa chambre et descendit rapidement dans la boutique. Son oncle travaillait déjà, il n’avait pas encore de clients mais il était occupé à sculpter un minuscule dragon sur un bracelet en argent. À l’instant où il le vit il demanda :
- “Tu as faim ? Il y a du pain sur la petite table en face de ta chambre, dans la pièce que j’appelle le salon. Et aussi, en règle générale, ne me dérange jamais, sauf s’il y a un dragon dans la cheminée.” Le garçon le remercia en remontant l’escalier, l’expression “avoir un dragon dans la cheminée” était rarement utilisée, mais il savait que c’est une façon de dire “sauf si un dragon nous attaque”. Le jeune homme se demanda qui avait créé cette vieille et bizarre expression. En mangeant une tranche de pain, l’adolescent réfléchit aux événements de la veille. Le Roi qu’il avait entendu se nommer Gaxaldir éveillait en lui une curiosité spectaculaire car ce nom était réellement celui du Roi du Royaume. Cela voulait dire que son esprit avait été au même endroit que le souverain, donc dans le château royal. De quoi avaient ils parlé déjà ? Ah oui, l’adolescent se rappela de toute la conversation entre le Roi et son servant sans doute. Il pensa aux guerriers du ciel, ces êtres étranges qui habitent dans les îles volantes au-dessus de notre Royaume. À ce qu’il parait, ils seraient très grands et très puissants, ils monteraient d’immenses créatures volantes pour aller d’île en île et ne descendraient que rarement sur terre. Quant au Roi Daimon, le garçon essaya de se rappeler des vieux contes dans lesquels des personnes aux pouvoirs immenses devenaient des êtres immortels et diaboliques nommés Rois Daimons après avoir réalisé un exploit durant une guerre ou quelque chose comme ça. Le Roi avait aussi donné une mission à six membres de la Rordra, soit quasiment tous car ils ne sont que neuf. Cette quête devait être capitale pour la survie du Royaume donc. Et enfin, le Roi avait dit à l’esprit du jeune homme qu’il allait rester prisonnier de l’artéfact, et pourtant il s’en était échappé sans la moindre difficulté. Le garçon ayant fini de manger, il sortit de la maison et marcha un peu dans la ville. L’avenue principale débordait de personnes plus insolites les unes que les autres. Ici, un groupe d’elfes se dirigeait vers une boutique vendant des armes. Là, un orque avançait en boitant vers le château. Le jeune homme ne vit que peu de personnes de son âge, la plupart étaient dans un lieu où ils recevaient un enseignement ou sinon ils étaient apprentis, pour des commerçants par exemple. Cette rue était dotée de dizaines de magasins différents, des forges vendant des armures et des armes, des boutiques avec tous types de tenues, des commerces où l’on pouvait acheter des livres et des boutiques destinées aux sorciers, aux mages et aux autres utilisateurs de la magie. L’adolescent entra dans un grand magasin qui vendait différents livres, habits et ustensiles. Il savait lire mais n’avait jamais eu à disposition de vrais livres comme ceux-ci. Depuis plus d’une trentaine d’années, les livres connaissaient un succès exceptionnel grâce à l’invention de machines à impression, qui fonctionnaient soit grâce à de l’énergie physique soit grâce à la magie. Elles permettaient d’écrire des livres très rapidement, la fabrication de feuilles de papier était également compliquée mais permettait de créer autant de livres qu’on le souhaitait tant que l’on avait du bois. La découverte de la fabrication de papier était très récente et avait permis de rendre les supports d’écriture presque abordables, contrairement aux parchemins qui étaient hors de prix pour la majorité de la population. Quelques livres étaient ouverts et permettaient donc à l’adolescent de les lire. Certains caractères étaient compliqués à lire mais il réussit à comprendre le sens des phrases. Le livre qu’il lisait était une encyclopédie des monstres du Royaume, nommant et répertoriant presque toutes les créatures connues. Le jeune homme regarda le sommaire et tourna les pages jusqu’à trouver celle qu’il recherchait. La page avait pour titre “Guerrier du ciel : mythes ou réalité ?”, le garçon apprit de nombreuses choses sur ces êtres mystiques qui peuplaient les îles célestes, des îles volantes au-dessus des nuages que l’on peut apercevoir parfois, lorsque le ciel est dégagé. Ils seraient des magiciens qui auraient enchanté des îles venant de l’océan pour qu’elles volent dans les cieux. Mais la plupart des éléments les concernant n’étaient que des ragots. Il lut quelques pages de plus puis demanda le prix du livre à un vendeur qui lui déclara qu’il coûtait seulement, insistons sur le “seulement”, neuf pièces d’or. neuf pièces d’or ! Neuf pièces d’or étaient environ le prix de six mois de salaire pour un ouvrier banal, et même avec tout l’argent que le garçon avait récupéré dans son village, ça ne lui aurait même pas suffi pour acheter ce livre. Le garçon feuilleta des pages d’autres livres mis à disposition mais un en particulier l’interpella, il se nommait “L’art de la magie et des runes, volume I”. Ce magnifique livre qui devait coûter au moins une trentaine de pièces d’or expliquait les origines de la magie mais aussi comment l’utiliser. En effet, selon ce livre, tous les êtres avaient un don plus ou moins important pour la magie et tous pouvaient écrire des runes. Le livre racontait que chaque individu pourrait maîtriser la magie des éléments, le Zhuul, mais que cela nécessiterait un entraînement ardu que seules quelques personnes peuvent enseigner. Cependant, il existe une autre, enfin plusieurs autres types de magie, dont une complémentaire au Zhuul. Cette dernière se nomme le Draar et est la plus utilisée parmi les espions et les assassins. Celle-ci permettrait de laisser son esprit sortir de son corps afin qu’il voyage en liberté jusqu’à l’endroit qu’il souhaite. Avec beaucoup d’expérience, le magicien doté du Draar pourrait même voir par les yeux d’un autre, lui faire faire des choix qu’il ne ferait pas normalement ou même contrôler pleinement le corps de la personne possédée. Vous comprendrez donc pourquoi cette magie est si exceptionnelle, elle permettait à quelqu’un sachant l’utiliser d’influencer les décisions d’un Roi par exemple. Cette magie très dangereuse est heureusement extrêmement rare, on ne la retrouve que dans une personne sur un million et la plupart n’apprendront jamais à l’utiliser et ne s’en serviront pas. Depuis toujours, les Rois ont besoin d’apprendre à se protéger de cette magie pour ne pas qu’un individu malhonnête l’influence. Le garçon comprenait beaucoup de choses, tous les éènements bizarres qui s’étaient produits les nuits dernières avaient été possibles grâce à la magie. L’adolescent avait la magie du Draar.