Chapt VI : L'orfèvre par David
Il marcha donc un long moment avant d’atteindre le colossal château où logeaient tous les gardes et tous les nobles de Rimeside. L’entrée principale était gardée par quatre gardes qui demandèrent au garçon de quel droit il pouvait entrer. Il leur expliqua que son père était un soldat et ils le laissèrent passer sans aucune difficulté, un enfant comme lui ne pouvait pas être dangereux se disaient-ils peut-être. Il se réjouit donc de pouvoir entrer là où vivait la haute société et franchit la large double porte avec détermination. Il découvrit d’abord une cour assez impressionnante dans laquelle plusieurs jardins colorés se dressaient. Il ne savait plus aller dans quelle direction et demanda donc son chemin à un serviteur qui passait. Les servants étaient faciles à différencier des gardes et des nobles car ils portaient des habits très simples et portaient souvent des verres ou des objets destinés aux seigneurs et aux ducs. Le jeune homme apprit donc que, à partir du moment où l’on franchissait la porte, les écuries étaient à gauche, le bâtiment principal contenant les habitations et les centaines d’autres salles en tous genres se trouvaient en face de l’entrée et que les habitations des gardes se situaient à droite. Il remercia l’individu et partit donc à droite. Un large bâtiment composé d’imposantes poutres en bois se dressait devant lui et, après s’être demandé ce qu’il devait faire, il toqua avant d’ouvrir et entra dans une longue pièce dans laquelle une dizaine de soldats bavardaient bruyamment tout en mangeant à la grande table située au centre de la salle. Quelques épées décoraient les murs et de lourdes armoires garnissaient l’endroit. À son entrée, peu de gardes lui portèrent de l’attention mais ceux qui le virent furent étonnés de la présence d’un enfant au milieu de tant de soldats. L’enfant se promena quelque temps à travers les armes et les armures exposées puis il demanda, non sans peur, à un soldat la raison de sa venue.
- “Excusez-moi, connaissez-vous un soldat nommé Donéreer ?”
- “Oui mais laisse-moi deviner pourquoi tu le recherches ; il est un jour passé dans ton village puis il a fait un gosse à ta mère et est reparti aussi rapidement qu’il était venu. C’est bien ça ?” dit le soldat avec un ton indifférent.
- " Que… Comment le savez-vous ?! demanda le jeune homme, stupéfait par la déclaration soudaine et presque naturelle du garde.
- “Ce type a au moins une centaine d’enfants et crois moi tu n’es pas le premier de ses rejetons à venir le voir. " La dernière réplique du soldat l’avait autant abasourdi qu’un énorme coup de massue s’abattant contre son dos, et il resta un moment aphasique, totalement sous le choc de cette révélation brutale. Son unique espoir venait de s’écrouler sous ses yeux, mais il n’abandonna pas encore et reprit quelques instants plus tard :
- “Mais…savez-vous où le trouver ?”
- “Le connaissant, il doit se trouver au bar le plus proche de la grande porte”, dit-il d’un ton inexpressif avant de remplir à nouveau son verre d’alcool. L’adolescent le remercia et se dirigea le plus rapidement possible vers la sortie. Il n’avait plus de doute maintenant, il était sûr que son père avait juste voulu s’amuser et qu’il se fichait totalement d’avoir des enfants. Il courait presque et son allure ne cessait d’augmenter, bien que sa jambe lui faisait toujours aussi mal. Il quitta les grandes murailles et entra dans le premier bistrot qu’il vit. De nombreuses personnes buvaient de l’alcool mais il ne pouvait identifier lequel était son père. Soudain, il remarqua une présence étonnamment familière à l’arrière du bistrot, comme tapie dans l’ombre et dissimulée sous les bruyantes conversations des autres personnes. Son cœur battant de plus en plus fort, il s’approcha à pas vifs et s’arrêta juste devant un homme d’un âge plutôt avancé et demanda d’un ton sec : “Bonsoir, je pense que vous êtes mon père”.