Chapt IV : La fin du voyage par David
“Est-ce cela la mort ?” se demanda-t-il de manière brusque.
Puis, il trouva sa question stupide après s’être rendu compte qu’il était dans son lit dans l’auberge qu’il avait payé suffisamment cher pour qu’il ne s’en souvienne que trop bien. Il était bouillant de fièvre et trempé de sueur. Tout d’abord, il mit une main sur sa joue violentée par le chevalier et s’aperçut avec stupeur qu’il pouvait bel et bien bouger ses membres maintenant et qu’il n’avait rien à la joue. Sa première hypothèse fut celle d’un rêve mais il se remémorait exactement chaque instant et il écarta donc cette hypothèse. Il ne savait pas ce que ça pouvait être d’autre à part une sorte de vision. Il avait peut-être des dons en divination, qui sait ? Au départ, le chevalier parlait d’une monture qui semblait terrifier le Seigneur de la ville, puis, il avait annoncé une guerre entre leur Royaume et celui de l’Empire d’Asteryd. Mais les Asteryens seraient fous de tenter une attaque ; ça, même le garçon le savait, les montagnes naines protégeaient la frontière et, sauf si les nains les laissaient passer, les Asteryens ne réussiraient jamais à traverser. Sinon, les rebelles pourraient faire passer les soldats d’Asteryd et ainsi, leurs troupes seraient ensemble et leur puissance en serait décuplée. Le garçon oublia rapidement l’événement avant de tomber, une nouvelle fois, dans un profond sommeil. Le lendemain, il fut heureux de s’apercevoir qu’il s’était réveillé au même endroit que là où il s’était endormi la veille et, en descendant l’escalier, il entendit des bribes de conversation qui l’interpellèrent.
“…un servant s’est fait frapper par le guerrier étranger alors qu’il n’avait rien fait. Et puis à ce qu’il paraît, le Seigneur Dom aurait placé des gardes pour surveiller toutes les sorties, ils recherchaient un utilisateur du Draar…” dit l’aubergiste d’un ton inquiet à un client qui venait d’arriver.
L’adolescent sortit et continua sa route l’air de rien, mais l’inquiétude commençait à le gagner sans qu’il ne puisse y faire grand-chose, et, lorsqu’il voulut sortir de la ville, la peur lui noua soudainement l’estomac alors qu’il voyait une dizaine de soldats placés aux portes de la ville : ils contrôlaient toutes les personnes voulant en sortir. Un garde s’approcha de lui, son cœur se mit à battre de plus en plus fort. Il l’observa quelques secondes alors qu’il se sentit comprimé de l’intérieur par la terreur, puis, lorsque l’adulte l’autorisa enfin à passer, l’adolescent ne put s’empêcher d’émettre un profond soupir de soulagement. Sa frayeur passée, les battements de son cœur se firent de moins en moins fréquents jusqu’au moment où il aperçut avec effroi un autre soldat semblant se diriger vers lui d’un air déterminé. Le jeune homme, de plus en plus saisi intérieurement par l’horreur, partit d’un air naïf le plus rapidement et discrètement possible. Après un nombre interminable de pas d’après son ressenti, il parvint enfin à se placer hors de portée des gardes, puis il se mit à courir de toutes ses forces jusqu’à ce que, par manque de vigueur, il tombe d’épuisement. En se repérant sur sa carte, il apprit qu’il avait parcouru plus de deux kilomètres dans sa course. Il restait plus de cinquante-cinq kilomètres avant la Capitale et aucune ville en route, il devrait donc dormir dehors une ou deux nuits. À cause de sa blessure, il ne pouvait pas aller très vite et ne pouvait parcourir qu’une trentaine de kilomètres en une journée au maximum, ce qui ne l’arrangeait guère. Il continua son chemin et après un long moment, il atteignit le pont menant sur la route de la Capitale. Le pont était extrêmement long, il mesurait plus de dix kilomètres et passait par-dessus le fleuve de Stalflov. L’adolescent n’avait jamais vu un pont aussi grand mais il savait qu’il existait sept ponts répartis dans tout le pays pour relier les deux berges. L’un d’eux appartenait aux rebelles, et, à ce qu’il paraît, il reliait deux immenses châteaux, tous deux construits par ces derniers afin de lutter contre le Royaume. De nombreuses villes garnissaient (?) le territoire rebelle et ce dernier comptait même une capitale. Les rebelles s’étaient appropriés une partie du pays sans difficulté mais n’arrivaient plus vraiment à avancer. Notre Roi ne cherchait pas les conflits et il n’essayait même pas de chasser ces intrus mais ceux-ci par contre cherchaient le combat et voulaient conquérir la totalité du territoire. Ils avaient déjà attaqué plusieurs villes proches mais n’avaient pas encore réussi à prendre leur territoire. L’adolescent traversa le pont en réfléchissant aux évènements de la nuit précédente. Il savait que ce qu’il avait fait n’était pas une vision, mais ce n’était pas un hasard si le chevalier s’était jeté sur lui, ou plutôt sur celui par lequel il voyait et qu’il avait demandé à des soldats de surveiller les sorties de la ville. Le garçon avait fait quelque chose d’étrange mais quoi exactement ? C’était comme si son esprit avait quitté son corps, et lorsque celui-ci se déplaçait il ne pouvait rien voir, son esprit n’avait pas d’œil. Puis il se rappela que son esprit avait été aspiré quelque part, comme s’il était prisonnier d’une tornade. Son esprit avait dû entrer en le serviteur et il avait pu accéder aux yeux de cette personne, puis, par on ne sait quelle magie, le chevalier l’avait détecté et, croyant qu’il s’agissait d’un espion ou d’un ennemi, l’avait frappé afin de le faire partir. Cette théorie était probable mais pourquoi diable l’adolescent avait pu voir par les yeux d’un autre et ressentir sa douleur lors du coup ? Le jeune homme avait déjà séparé son esprit de son corps plusieurs fois, il ne le faisait que lorsqu’il était calme et limpide ou alors lorsqu’il souffrait horriblement. C’est pour cette raison que ces derniers temps cela lui était arrivé assez souvent, car le picotement incessant de sa jambe droite l’accompagnait à toute heure et partout, et ce depuis le début de son périple. Il continua de réfléchir à diverses choses jusqu’au soir tout en pensant qu’il avait fait environ la moitié du chemin jusqu’à la Capitale. Cependant, il continuerait demain parce que, pour le moment, il devait dormir et se reposer. Il tomba alors comme une pierre sur le sol et s’endormit instantanément, ne pouvant rien faire d’autre de toute façon. Si des loups voulaient le manger, eh bien qu’ils le mangent. Il commençait à perdre espoir de toute façon et il abandonnait l’idée d’un jour voir son père. L’aurore le réveilla ; un rayon de lumière lui fouetta le visage et ses yeux éblouis par toute cette lumière l’avertirent qu’il était déjà tard dans la matinée. En effet, un coup d’œil en direction de l’horizon lui confirma qu’il avait trop dormi, mais il pensait tout de même atteindre Rimeside dans l’après-midi si le reste du trajet se passait bien. Il songeait au fait que, s’il trouvait son père et s’il acceptait de le garder, il allait encore pouvoir survivre malgré l’environnement hostile auquel il était sans cesse confronté. Mais si son père ne voulait pas de lui, …il préféra ne pas y penser. Toujours dans l’hypothèse où il parviendrait à rencontrer son père, il pensait trouver sans doute une formation d’apprentissage où il pourrait gagner un peu d’argent et un lit et plus tard, il aurait un vrai travail lui permettant d’acheter une maison pour lui. Ce scénario, bien que n’étant pas très réaliste, rassura la conscience de l’adolescent, qui se mit en marche avec une motivation renouvelée. Et, après une longue marche, il atteignit enfin son but. Devant lui se dressait Rimeside, la Capitale où il espérait pouvoir continuer sa vie malgré les souffrances qu’il avait endurées.